2 personnages : ELLE et LUI. Sur scène : un seau rempli d’eau.
« ELLE » arrive d’un côté de la scène, s’arrête en voyant le seau.
ELLE (à l'assistance)
De l’eau… Vous vous rendez compte ? De l’eau… Non. Apparemment,personne ne se rend compte… De là où je suis, on voit bien que vous n’avez jamais rencontré Boara… L’autre jour, j’étais en Afrique centrale. Et quand je suis arrivée, c’était comme aujourd’hui. J’ai dit : « de l’eau… ». Et les gens qui étaient là à me regarder ont tous poussé un « Hoooo ! » émerveillé. Après, c’est une autre histoire. Ils se sont jetés sur moi, m’ont bousculée, se sont rués sur ce seau. Ils se sont disputés. Après, certains ont sorti des armes, ils se sont tiré dessus. Les enfants pleuraient, les mères hurlaient. Ils se sont disputé le seau… Pour finir, dans la cohue, ils l’ont renversé. Un instant, l’eau a mouillé la poussière. Et puis, le soleil était tellement chaud que la terre a séché en une seconde. Plus d’eau. Il y a eu un grand silence. Alors, les gens se sont détournés et ils sont partis. Comme moribonds… Je me suis relevée. J’ai pris mon seau tout cabossé. J’ai pensé qu’ils avaient perdu l’esprit. Et je suis partie.
« LUI » arrive de l’autre côté. Il porte une mallette et ne fait que considérer le seau.
LUI (à l'assistance)
Tiens, de l’eau…
ELLE (à LUI)
Oui.
LUI (à ELLE)
C’est tout ce que vous trouvez à dire ?
ELLE
Pardon ?
LUI
Vous ne vous rendez pas compte… De là où je suis, je vois bien que vous ne vous rendez pas compte. Vous n’avez jamais rencontré Boara…
ELLE
Quoi ?
LUI
L’autre jour, j’étais en Asie. J’ai dit : « Tiens, il y a une goutte d’eau au fond de mon seau ». Les gens m’ont lancé des regards terribles… Ils ont poussé un « Hooo » horrifié. Après, c’est autre chose. Ils se sont jetés sur moi, ils m’ont attrapé et ils voulaient me battre… Et puis, ils ont pris le seau, ils l’ont mis au soleil pour que la goutte d’eau s’évapore dans le ciel. Mais il y avait tellement de nuages et de vapeur dans l’air qu’au lieu de se vider, le seau s’est rempli… La pluie l’a fait déborder… L’eau a coulé, la terre la vomissait tellement il y en avait. Elle a coulé dans le fleuve qui grondait… A force de couler, elle l’a réveillé et fait sortir de son lit… Le fleuve furieux a emporté tous ces gens… Je me suis relevé. J’ai pris mon seau tout cabossé. Il était plein d’eau. Il débordait. J’ai pensé que tous ces gens étaient fous. Et je suis parti.
ELLE
C’est vous qui êtes fou. De l’eau, il n’y en a plus ! La terre se craquelle de toutes parts. C’est fini. Plus d’eau. C’est la fin du monde. Boara m’a dit que c’était la fin du monde.
LUI
Plus d’eau ? De quoi parlez-vous ? Les cours d’eau débordent, la terre n’arrive plus à tout boire, les villages sont submergés, les coulées de boues ensevelissent tout. Trop d’eau. C’est la fin du monde. Boara l’a bien dit. C’est la fin du monde.
ELLE
Au début, il y avait de l’eau dans ce seau. Le soleil l’a vidé.
LUI
Quand j’ai pris ce seau, il était vide. Les nuages l’ont rempli.
ELLE
Ah oui ? Et c’était quand, ça ?
LUI
Mardi, mon seau était plein.
ELLE
Impossible. Mon seau était vide lundi.
LUI
Ce n’est pas votre seau c’est le mien.
ELLE
Ah non. Celui-là, c’est le mien.
LUI
Le vôtre est vide. Celui-là est plein.
ELLE
Il était vide lundi. Mais depuis l’eau a coulé sous les ponts.
LUI
Même si ce seau était à vous, et j’en doute, l’eau qui est dedans est à moi. Je l’ai rempli en Asie.
ELLE
Vous l’avez rempli en Asie parce que je l’ai vidé en Afrique.
LUI
On voit bien que vous ne connaissez pas Boara. Sinon vous sauriez ce qu’il en est de l’eau. Vous inversez tout. Cette eau est à moi. Je la reconnais !
(à suivre…)